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La médecine moderne, malgré tous ses succès,
ne peut venir à bout des maux du monde. D'abord
ses coûts sont prohibitifs : jamais il n'y aura
assez de médecins ni d'hôpitaux pour tous.
Elle est, de surcroît, relative : n'importe quel
bébé peut être placé en soins
intensifs, guéri, puis renvoyé chez lui,
mais la même maladie, provoquée par les
même causes, récidivera quelques semaines
plus tard.
La conférence internationale d'Alma-Ata
( ex-URSS, 1978), sur les soins de santé primaires,
a marqué un tournant. Cent cinquante pays endossèrent
alors une nouvelle stratégie axée sur
la santé pour tous.
Le changement de cap était radical : délaissant
les modèles urbains, avec l'hôpital comme
pivot, on visait maintenant la fourniture de soins de
base à des populations entières.
Cette nouvelle optique mettait l'accent sur la prévention
plutôt que sur la guérison, en encourageant
les initiatives personnelles et la participation communautaire.
La santé est un domaine complexe. Il existe des
liens entre l'alimentation et la résistance aux
maladies ; entre l'éducation des femmes et le
déclin du taux de mortalité infantile
; entre la survie des enfants et la régression
du taux de natalité qui ralentit l'explosion
démographique.
Il est important aussi de comprendre le jeu des coûts
et des avantages. Ainsi, en 1978, l'OMS
signa l'arrêt de mort d'une maladie mortelle :
la variole.
Maintenant que la vaccination n'est plus nécessaire,
on estime que les pays occidentaux économisent,
chaque année, des sommes qui dépassent
le coût total de la campagne d'éradication
de cette maladie.
Les avantages débordent le secteur de la santé
: exemple, un cultivateur malade est un cultivateur
improductif et, comme tel, cesse d'être un bon
consommateur ( dans une logique toute utilitariste évidemment)...
Santé, éducation, alimentation, productivité
et prospérité sont liées les unes
aux autres, tant pour le simple particulier qu'a l'échelle
mondiale.
Avant de décider si nous avons la volonté
de contribuer à cette révolution, peut-être
devrions-nous nous demander au lieu de ce qu'elle coûtera,
ce qu'il en coûterait d'y renoncer.

Pour comprendre le problème de la santé
dans le monde, nous devons, nous Occidentaux, renverser
nos idées reçues.
C 'est d'abord et avant tout par des mesures simples,
de base, que le progrès dans ce domaine sera
assuré et non par des procédures sophistiquées.
Cela peut être fait entre autre: en fournissant
de l'eau potable, des installations sanitaires adéquates,
une meilleure alimentation, des services d'immunisation
et en luttant contre les maladies transmissibles ( sexuelles
et autres: paludisme).
Il faut également être conscient que les
200 médicaments répertoriés dans
la liste de base de l'OMS pourraient sauver plus de
vies dans ces pays que l'assortiment des 25.000 qu'on
y envoie à l'heure actuelle. Enfin, que nos ressources
ne nous permettrons jamais de rendre accessible à
tous les habitants de la planète notre modèle
médical, très fortement centré
sur le traitement individuel des patients, et que, par
un paradoxe profond qu'il nous faut accepter, nous sauverons
d'autant plus d'individus que nous accorderons la priorité
à l'aspect social, préventif et environnemental
de la santé.
Afin d'illustrer ce propos, nous pouvons considérer
les sommes investies dans le domaine médical:
les budgets de santé n'atteignent pas plus d'un
dollar par personne dans les pays pauvres alors qu'ils
grimpent à plus de 1000 dans les pays riches
; et comment expliquer que des sommes exorbitantes soient
consacrées au traitement des maladies de riches,
pendant que d'autres perdent la vue, faute d'un peu
d'argent nécessaire à l'achat de vitamine
A, ou qu'ils meurent parce que leur pays n'a pas les
moyens de réaliser un programme d'immunisation
même à coûts modiques.
Renversons les idées reçues, surtout celle
qui veut que les soins de santé coûtent
excessivement chers : les soins de santé primaires
sont bon marché et le rapport couts-avantages
est extraordinaire.
Il nous faut réfléchir à l'avenir
que nous réservons à nos enfants et à
l'ensemble de la population mondiale... et peut-être
se demander ce que signifie pour nous cette observation
du rapport Brandt selon laquelle le prix d'un seul chasseur
à réaction permettrait d'ouvrir 40.000
dispensaires dans un pays en voie de développement
?
Voici ce que disait déjà, en 1973 à
Nairobi, Robert McNamara à propos des conséquences
de la pauvreté absolue :
"Parmi ceux qui survivent, des milliers mènent
une vie diminuée parce que leur cerveau a été
endommagé, leur croissance arrêtée
et leur vitalité amoindrie par les insuffisances
de leur alimentation...
Voilà ce qu'est la pauvreté absolue :
une condition d'existence étiolée au point
d'empêcher la réalisation du potentiel
génétique que chacun de nous porte à
sa naissance : dégradante au point de faire insulte
à la dignité humaine et pourtant assez
répandue pour être celle de quelque 40%
des habitants des pays en voie de développement".
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